L'association 
Sa raison d'être
Savez-vous que, comme n'importe qui dans ce pays, vous avez très certainement dans votre entourage proche, au moins une personne qui a subi des violences sexuelles durant son enfance ? Oui ; peut-être le savez-vous. Ou peut-être, êtes-vous vous même une de ces victimes. Mais il y a fort à parier que vous ne le savez pas. Parce que ça ne se dit pas, parce que ça ne se voit pas. Les victimes, aussi nombreuses soient elles, se cachent, s'isolent ou se murent dans leur silence pour de trop nombreuses raisons (sentiment de honte ou de culpabilité, loi du silence imposée par l'agresseur, amnésie, déni de la société, envie d'oublier pour pouvoir avancer dans leur vie, ...). Elles subissent alors de plein fouet, et souvent toute leur vie durant, les conséquences dramatiques de cet acte odieux, un acte qui parfois n'a duré que quelques minutes ... Oui. Quelques minutes d'horreur de la vie d'un enfant suffisent pour briser une vie entière. 
                                                                                                                
 
Moi je suis l'une de ces victimes et comme nombre de victimes, j'ai d'abord enfoui ces moments atroces dans le tréfonds de ma mémoire, sans vraiment les oublier pour autant, sans que mon corps ne puisse jamais les oublier. Inconsciemment, insidieusement, les résidus de ce traumatisme abject sont venus polluer mon quotidien d'enfant, d'adolescente et d'adulte. Aujourd'hui encore, plus de trente ans après les faits, je considère que je ne suis toujours pas en mesure de mener une vie normale, et ce malgré mon long mais beau parcours thérapeutique.  
 
 
Tout au long de mes années d'amnésie, je n'ai pas rencontré une seule personne, pas un seul professionnel qui ait pu détecter voire comprendre l'origine de mon mal-être quasi-permanent (psychique et/ou physique). Pire encore, certains d'entre eux ont tenu des propos assassins qui résonnent aujourd'hui encore dans ma mémoire et qui m'empêchent parfois de croire en mon histoire, et ce malgré les évidences.  
 
 
Lorsque les tout premiers souvenirs sont brutalement remontés un jour de janvier 2006, j'ai eu l'impression de repartir au jour J et d'en revivre les conséquences directes. Les mois, les années qui ont suivi ont été difficiles. Il a fallu déconstruire tout ce qui avait été bâti autour du trauma, nettoyer autant que faire se peut et reconstruire. Fort heureusement, j'ai eu l'immense chance de trouver sur ce chantier de très belles personnes qui ont pu, qui ont su, qui ont bien voulu m'aider. Sans eux, sans ce réseau d'aide, je n'aurais jamais fait tout ce chemin, je ne serais vraisemblablement pas en mesure d'assumer mon passé et de m'adresser à vous comme je le fais actuellement.  
 
 
 
Si mes parents avaient pu imaginer,  
si les médias les avaient suffisamment informés,  
si mes enseignants avaient été sensibilisés,  
si les médecins avaient été suffisamment formés,  
si nombre de victimes avaient osé parler,  
si les magistrats étaient toujours du bon côté,  
si tous les politiques voulaient bien réformer, 
si ..., si ..., 
peut-être ma reconstruction aurait-elle été, serait-elle moins longue ...                                                                                                                                                                           
Si seulement nous pouvions, ensemble, faire en sorte qu'il y ait un peu moins de victimes,  
si seulement nous pouvions, ensemble, tendre la main à ces victimes et faire en sorte que leur chemin soit moins douloureux et moins long. 
 

                                                                                                                                                                              EG